À mesure que le temps se réchauffe et que les jours rallongent dans le sud-ouest de l'Australie, Josh Whiteland, représentant du peuple Wadandi, commence à rêver aux marées printanières.
« En cette saison, les marées sont si importantes que les coquillages se retrouvent sur les rochers, » explique Josh. « Quand la marée descend, il n'y a plus qu'à se baisser pour les ramasser. »
Ici, dans la région de Margaret River, la saison de Kambarang, généralement entre octobre et novembre, est traditionnellement l'occasion pour les familles Wadandi de quitter leur abri hivernal à l'intérieur des terres pour rejoindre le littoral.
« De nombreux anciens, principalement les femmes, en profitent pour aller ramasser des coquillages, » précise Josh. « La saison de Kambarang est surtout l'occasion pour les familles de se rassembler. »
Koomal Dreaming, Ngilgi Cave Ancient Lands Experience avec Josh Whiteland à Margaret River
Les ancêtres de Josh consommaient déjà de manière écoresponsable en ramassant la quantité suffisante de bigorneaux et d'autres coquillages pour nourrir leurs familles, tandis qu'ils les cuisinaient de la plus simple des manières. « C'est la meilleure façon de cuisiner les coquillages et les écrevisses ; il suffit simplement de les jeter sur les braises. »
Aujourd'hui, l'agence de voyages de Josh, Koomal Dreaming, organise des circuits immersifs, à l'image du Food, Cave and Didge Tour. Lors de ce circuit, les visiteurs se laisseront bercer par les sons ancestraux du didgeridoo résonant dans la Ngilgi Cave, avant de se familiariser avec la nourriture traditionnelle du bush de la région.
« Pendant la saison de Kambarang, on mange beaucoup de fleurs, d'herbes, de baies locales et du djilbuck, une variété de carottes d'ici », explique Josh. « À cette période, nous ramassons aussi beaucoup de pêches locales et de quandong. »
Les chanceux qui participeront aux circuits barbecue de Josh pourront déguster des aliments locaux de saison, tels que du poisson fraîchement pêché saupoudré de quandong séché.
Josh lors d'un circuit Koomal Dreaming Tour, Ngilgi Cave Ancient Lands Experience à Margaret River
La saison de Kambarang est aussi l'occasion de voir le paysage de brousse gris-vert se couvrir de fleurs sauvages aux teintes violet, rose, blanc, jaune et bleu.
La fleur préférée de Josh est une plante vivace et buissonnante de la taille d'une balle de golf qui répond au doux nom de hakea.
« Elle est rose et blanc avec une pointe de bleu, » souligne Josh. « C'est une variété très intéressante. »
Plus au sud, aux alentours d'Albany (Kinjarling), la doyenne du peuple Menang, Vernice Gillies, de l'agence de voyages Kurrah Mia est également à la recherche des plus belles fleurs de la saison de Kambarang, avec une préférence pour les orchidées.
Vue aérienne de Kurrah Mia, Denmark
« On trouve des orchidées-araignées ainsi que des reines de Saba, et ça il n'y en a nulle part ailleurs, » explique-t-elle. « On trouve aussi des orchidées oiseaux et des lyperanthus serratus de toute sorte, particulièrement autour des Stirling Ranges, Koi Kyenunu-ruff. »
Vernice ajoute que la saison de Kambarang s'accompagne d'autres phénomènes beaucoup moins sympathiques.
« C'est aussi la saison où les koolbardies (les pies) attaquent pour protéger leurs petits. »
Grâce aux aînés, Vernice est devenue incollable sur la saison et ses pièges.
« Il faut se méfier des serpents, » dit-elle. « Lorsqu'il commence à faire chaud, ils sortent. Il faut surveiller les empreintes et les excréments, et surtout regarder en l'air. Les serpents sont d'excellents grimpeurs ; ils peuvent monter sur un arbre à la verticale. »
Vernice explique que dans l'ancien temps, le peuple Menang, à l'instar du peuple Wadandi plus au nord, allait passer les mois d'hiver dans l'intérieur des terres pour se protéger des caprices du temps.
« Il y a une grande plaine entre Borongur, (Poronongorup) et Koi Kyenunu-ruff (les Stirling Ranges), » explique Vernice. « Ainsi, ils avaient les montagnes devant et derrière eux. »
Flore lors d'un circuit avec Kurrah Mia, Denmark
Kambarang était la saison où selon la tradition les peuples regagnaient le littoral, tandis que la nature s'apprêtait à leur offrir le meilleur.
« À cette époque, on trouvait de la nourriture du bush partout ! » ajoute Vernice, en prenant l'exemple du kummock, le fruit du sollya heterophylla alba, qui mûrit pendant la saison de Kambarang.
« Le kummock est rempli de graines, » précise Vernice. « Alors, avec la langue on enlève les graines du fruit et on les crache. Comme ça, il en poussera partout. »
Les protéines n'étaient pas en reste, car les hommes sélectionnaient soigneusement les kangourous qu'ils chassaient.
« Généralement, on préférait les jeunes mâles aux femelles avec des petits, » explique Vernice. « Un groupe d'hommes marchait dans le bush en faisant du bruit, tandis qu'un autre avançait dans le sens du vent. Les kangourous paniquaient et fuyaient dans le sens du vent. C'est à ce moment-là que les hommes les capturaient. »
Kurrah Mia, Denmark
Pour Josh représentant des Wadandi et Vernice représentante des Menang, la saison de Kambarang est la période idéale pour diffuser des messages de préservation de la terre à leurs familles et aux visiteurs.
« Ainsi, cela permet de sensibiliser les personnes au monde qui les entoure, » explique Vernice. « Car nous devons tous préserver nos ressources. »
Publié en septembre 2024